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Qu'est-ce-que la poésie sauvage

Dernière mise à jour : 22 mars 2023

Voici le contenu d'une conférence que j'ai donné le 24 juin 2022 à la Maison Jules Roy, résidence d'écrivain à Vézelay - Présentation de la démarche et des ressources qui inspirent mes ateliers "carnet de voyage intérieur" (ateliers 2023 en page d'accueil) https://www.sophielaine.com/ateliers-haiküs


Avant de commencer, je voudrais d’abord saluer le héros, l’héroïne de l’ordinaire en chacun, chacune de nous…sous les aspects d’un quotidien très souvent banal, faire l’expérience de la vie terrestre incarné dans un corps humain, quand on mesure réellement ce que tout ce que ça représente, on ne peut que saluer notre courage…de nous lever chaque matin en se disant : aujourd’hui encore, je vais faire de mon mieux….


Introduction présentation:

La poésie sauvage, c’est une ode à l’humanité en chacun de nous, une poésie issue d’une rencontre physique avec le monde. C’est une poésie exigeante, qui implique de questionner mes sens au lieu d’interroger ma tête.

La poésie est un art et comme tout art, elle nous demande pour pouvoir la rencontrer, d’habiter l’intérieur de notre corps physique. Créer ou percevoir l’art, Ça passe automatiquement par nos sensations :


Pour découvrir le parfum de la rose,

Le gout du macaron,

La douceur de la plume,

Pour prendre la température,

Saisir les formes, les lignes et les couleurs,

Pour entendre le chant de la guitare,

Celui de la huppe et des grenouilles,

Il faut bien qu’il y ait un « capitaine »

A bord, à l’intérieur du corps ?!

Derrière ce nez, ces papilles,

Cette peau, ces yeux et ces oreilles…

Un être attentif, libre et curieux,

Prêt à se remplir du monde qui l’entoure

pour faire sa connaissance.

Poème extrait de mon recueil "Petites chroniques du Trés-ordinaire" paru en décembre 2021 aux Editions L'Âme du Rasoir


Au programme de cette conférence autour de l’écriture de la poésie sauvage, je vais vous parler des différentes façons de regarder les choses, de l’importance de se connecter à nos sensations pour faire le plein des-sens et nourrir notre âme, du trésor qu’est notre attention mais aussi de ces postures féminines et masculines qui, au-delà des questions de genres qui occupent le devant de la scène depuis un moment, entrent en jeu dans le processus créatif.

Dans la continuité de cette invitation à entrer un peu plus dans ce mode féminin, cet état de captation que Luis Ansa, peintre et chamane père de la voie du sentir, définit par la posture concave, je vous parlerai aussi de la méditation selon le zen sôtô. Et enfin je tenterai de définir ce qu’est la poésie sauvage et en quoi et de quoi cet art me sauve.

Nous terminerons par vos questions, si vous en avez.

Note à propos du langage des oiseaux pour ceux qui ne connaissent pas : Au-delà de l’aspect ludique du jeu de mot, ce langage dit aussi propre aux alchimistes n’est pas farfelu, au contraire, c’est un langage secret révélant le sens d’un mot à sa phonétique : ce langage codé, se saisit au vol, se décompose à l’oreille avant d’être entendu, c’est-à-dire compris par notre intellect. Par exemple : Un-disciple-inné. On le connait en 1 mot désobéissant, mais on peut l’entendre en 3 mots…peut être que la partie de nous capable d’être enseignée de façon innée, c’est-à-dire naturellement nous demande de désobéir un peu plus…


1- « Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d'aller vers de nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux »

Pour tenter de comprendre de quels nouveaux yeux parle Proust, je peux très basiquement me poser cette question si évidente qu’on ne se la pose plus :

A quoi me servent les yeux ? A voir. Ok, mais voir à partir de quoi ? quelle partie de moi voit quand je vois ? mon cerveau ici voit un arbre, mais mes yeux physiques, mon sens de la vue, lui ne voit pas un arbre, il perçoit (percevoir : en perçant le voir, je saisis et je reçois) une forme, des lignes, des ombres, des couleurs, de la lumière, des mouvements…

Qu’est-ce que mes yeux captent en réalité quand je vois quelque chose : avant de voir des choses que je reconnais, et donc que je vais pouvoir nommer, ce sont d’abord des sensations visuelles qui me parviennent et entrent à l’intérieur de moi par mes yeux.

Plus je crois que je connais de choses, plus je deviens en quelque sorte aveugle à la réalité de tout ce qui m’entoure. Je dois renoncer à réduire ce que mes yeux perçoivent à cette vision mentale étriquée de ce que je crois déjà connaitre au profit de cette vision sensorielle brute, réelle, concrète, et vierge de toute appréciation. C’est chercher plutôt à voir-ça au lieu de sa-voir…


2-Comment trouver ou retrouver cette qualité de vision ?

Le prix à payer pour obtenir cette nouvelle vision dont parle Proust serait donc d’oublier tout ce qu’on sait ? comme le préconisait Jésus, redevenir comme des enfants… Évangile de Mathieu : Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. 4C'est pourquoi, quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux.…

Voir ou plutôt redécouvrir le monde avec des yeux d’enfants : c’est d’abord une question d’humilité.

C’est le conseil de Jésus pour entrer au royaume des cieux mais aussi la particularité des plus grands sages orientaux, ces maitres japonais du zen, auteurs des haïkus les plus célèbres. Issu de la tradition bouddhiste ancestrale, le haïku est une forme de poésie de l’instant qui a pour particularité d’être ultra simple, et saisissante. Le haïku, c’est la poésie de l’après-sens. La présence…et plus qu’une forme littéraire, cette poésie des sens est une véritable voie spirituelle.

Comment retrouver ce regard d’enfant, qu’est ce qui nous empêche d’avoir cette qualité de regard ?

a-Apprendre à constater au lieu de chercher systématiquement à nommer, comprendre, commenter ou juger ce qu’on perçoit.

Contrairement aux histoires que notre mental nous raconte, un constat, en tant que pure observation, est toujours neutre et c’est en nous exerçant à cette neutralité qu’on va pouvoir retrouver ce regard neuf.

Contrairement aux adultes, les enfants sont spontanés, ils vivent dans l’instant, sont rarement calculateurs et n’ont surtout pas honte de ne pas savoir et de ne pas connaitre quelque chose.

b-chercher à paraitre sérieux

Retrouver des yeux d’enfant, c’est aussi lâcher cette exigence de savoir et de sérieux sur laquelle on croit à tort établir notre valeur en tant qu’adulte, à partir de laquelle on espère être crédible, et digne de respect aux yeux des autres…


L’aspiration de l’adulte à être sérieux est ce qui nous enferme dans le piège de l’intellectualisme négatif, c’est à dire pas celui qui nous aide à comprendre et à analyser lorsque c’est nécessaire, mais celui qui nous éloigne de notre cœur vivant, qui réside dans cet être sensoriel que nous sommes.


Cette peur de paraitre stupide, inculte nous pousse à faire croire que nous comprenons tout, alors qu’en vérité, tout nous échappe.

Tout nous échappe en permanence à cause de ce manque d’attention chronique dont nous, occidentaux, souffrons à force d’être connectés à nos appareils électroniques mais totalement déconnectés de notre corps.


c- Travailler notre attention pour aiguiser nos sens.

Selon Luis Ansa (que j’ai cité en intro), il existe plusieurs types de nourriture : il y a l’air, l’eau et les aliments qui nourrissent et font fonctionner notre corps physique et il y a ce qu’il appelle les impressions, la nourriture la plus subtile, qui nourrit notre âme. Les impressions ce sont nos sensations que nous captons en devenant non pas concentrés mais plus attentifs à ce réel immédiat.

Le mot attention dans le langage courant est plus synonyme de danger qu’autre chose, « attention tu vas tomber, attention au chien, attention à ce que tu manges…un peu comme son synonyme le mot vigilance qu’on n’utilise souvent que pour les alertes orage de météo France ou les routes surchargées des départs en vacances…alors que notre attention, notre vigilance, cette capacité que nous avons à pouvoir placer notre énergie quelque part dans l’instant.

L’attention, c’est de l’énergie de vie, c’est un trésor ! Pour le comprendre, Il n’y a qu’à voir de quelles façons tout autour de nous ou presque cherche à nous la voler : les publicités, les offres commerciales, les centres commerciaux, les gens qu’on croise, les réseaux sociaux, les médias, tous ce qui nous hurlent en silence avec plus ou moins de courtoisie : regarde-moi ! achète-moi ! donnes-moi de l’énergie !

Le pouvoir de l’attention par le regard peut etre puissant

Un regard, comme une parole, d’ailleurs peut soit détruire – On craint d’avoir le mauvais œil sur nous- autant que restaurer un être, un objet ou même une situation – En un regard porté sur elle, Jésus délivra Marie-Madeleine de ses démons.


3 les mondes concaves et convexes

Être attentifs à nos sensations, c’est adopter la posture yin, propre à l’énergie féminine dite concave, posture du chamane qui n’attend rien, ne cherche rien, ne traque ni ne chasse mais accueille de tout son corps et par tous ses sens « ce-qui-est » dans une qualité de réceptivité de pleine attention. « Dans le monde concave, vous plongez dans la partie féminine de Dieu, la rondeur, la captation, c’est le principe féminin ». A l’opposé de cette posture, se trouve ce que le peintre chamane Luis Ansa, nomme le monde convexe…très susceptible celui-là ;) qui permet à l’humain de se développer, de conquérir la matière, les espaces, de créer des cités, des immeubles, des avions…c’est une force d’expansion C’est : J’ESPèRE, J’ATTENDS, JE VEUX. C’est ce monde dans lequel nous avons des certitudes, des besoins de succès, où nous voulons tout comprendre, tout posséder, nous cherchons à convaincre, à attirer.

Ces 2 postures sont différentes, nécessaires, complémentaires et indispensable à la vie, et nous avons tous besoin d’apprendre à les équilibrer.

Vivre de façon convexe c’est-à-dire de façon pénétrante, masculine, implique, au profit du maintien de notre équilibre intérieur, de retourner régulièrement en soi-même pour nourrir notre âme à la source de cette énergie féminine d’accueil inconditionnel.

Redevenir un captant l’espace de quelques minutes, pour recharger les batteries de notre corps, nourrir notre âme qui s’épuise lorsqu’elle ne fonctionne qu’au travers le « je veux » et « je fais », Je créé.

M’installer au cœur de l’écoute et me remplir du réel : voilà ce que m’offre la pratique du zen sôtô :


4-La méditation inspirée du zen pour travailler l’attention et changer de regard.

Qu’est-ce que le zen : méditation issue d’une tradition japonaise inspirée du bouddhisme. Contrairement à ce que nous en dit l’utilisation dans le langage commun du mot, zen ne veut pas du tout dire calme, mais parle plutôt de recueillement. Zen, mot japonais issu du sanskrit dyana, qui signifie méditation. Dont l’étymologie nous dit qu’il vient du latin meditatio dérivé de meditari veut dire plus précisément « préparation »,

Méditer pour revenir au centre et habiter son corps pour ne pas passer à côté de l’existence : c’est apprendre à devenir bienveillant.

- Bien Veiller : qui n’a en réalité rien à voir avec un état de gentillesse en marche forcée, c’est être capable de veiller correctement, avoir les sens ouverts, être attentif, alerte, sentir et accueillir ce qui se passe dans l’instant. Manquer d’attention, nous conduit souvent bien malgré nous à devenir malveillant…

Ce que le maitre bouddhiste zen Rolland Rech appelle l’observation lucide :

« parfois on se sent bien, parfois on a mal aux genoux ou on souffre de trop de chaleur. Zazen nous apprend à accueillir les sensations telles qu’elles sont sans s’attacher à l’agréable et vouloir le conserver, ni détester le désagréable et vouloir le rejeter. C’est le secret du zen face à la vie et la mort. »


Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à méditer ?

Les idées reçues sont autant d’obstacles à la pratique : -

-Le but d’une séance de zazen, ce n’est pas réussir quelque chose, c’est sentir le mouvement de la vie en moi et autour de moi.

-Le but du zazen n’est pas de m’asseoir correctement, le dos bien droit et les épaules dégagées, mais c’est de sentir – constater, accueillir- l’état de mon assise sur le coussin.

-Il ne s’agit pas non plus de me vider de mes pensées – chose humainement impossible ! - c’est de les voir et de ramener le capitaine à bord, autant de fois que ce sera nécessaire, sans me juger, me ramener physiquement entre mes 2 oreilles en interrogeant les sons autour de moi, de sentir le poids de mon corps et la rencontre entre mes fesses et le zafu sur lequel je suis assise.

-Le but du zazen n’est pas de me calmer, mais de sentir et d’accueillir inconditionnellement la vie en moi, tout ce qui me traverse et que je ne choisis pas: émotions, ressentis, pensées dans l’instant y compris les plus inconfortables telles que la colère, la jalousie, la faim, le manque, la peur, la tristesse...

Pourquoi avons-nous autant de difficulté à accueillir nos sensations ?


M’ouvrir à ce qui est maintenant, accueillir mes sensations dans l’instant, c’est le seul endroit où je peux toucher du doigt la vérité de ce que je vis vraiment : et c’est justement ça le problème…


5-Ecrire de la poésie sauvage, c’est écrire à partir de cette vérité sensorielle, à partir de cette force du vivant qui me traverse et me dépasse…

Je peux remettre en question ce que ma tête me raconte, mais je ne peux pas douter de ce que mon corps physique me montre. Et il est bien plus doué et intelligent que moi : la preuve, il respire sans que je le décide. Mon cœur bat sans que je lui ordonne de le faire…quand je dors, mon système continue de fonctionner sans moi…

Fonctionner de façon concave, en devenant un capteur, c’est aussi admettre que : « je ne suis pas à l’origine de moi-même. » comme l’explique le philosophe Denis Marquet dans son livre : « osez désirer tout, la vraie philosophie du christ. »

Je peux décider d’avoir telle ou telle opinion, tel avis mais Je ne décide pas de ce que je ressens, je ne décide pas d’être en colère, d’avoir mal au genou ou d’avoir la grippe…je ne peux donc rien contrôler ou peu mais je peux accueillir pour parvenir à danser avec ce qui m’arrive au lieu de le laisser m’écraser.


Quel est le lien entre méditation des sens selon cette posture concave et la poésie ? en quoi et de quoi la poésie nous sauve ? A quoi sert la poésie ? à rien ! et c’est justement en cela qu’elle nous sauve. En nous obligeant à marquer un temps d’arrêt, la poésie sauvage nous sauve-t-elle de l’âge et des ravages du temps ? oui, En stoppant la machine productive infernale le temps de porter un regard intérieur/extérieur et d’accepter de sentir ce qui est là, elle nous offre la possibilité d’exister en tant que simple être vivant et parfaitement inutile, elle nous permet d’être sans avoir besoin de faire…et nous sauve de ces injonctions de la société qui nous demande d’être constamment occupé, rentable, productif, over-booké, hyperactif…pour être quelqu’un d’important et de fréquentable…


Le mot sauvage peut s’entendre de plusieurs façons : Écrire de la poésie sauvage ne consiste pas à mettre fièrement en avant un désordre négligé, illogique et insensé juste bon à perdre le lecteur, mais plutôt à capter et transmettre le fruit de cette force originelle, indomptée, qui nous dépasse et nous traverse en permanence. Cette énergie du vivant que le peintre Kandinsky qualifie de nécessité intérieure.

« L’artiste doit être aveugle vis-à-vis de la forme “reconnue” ou “non reconnue”, sourd aux enseignements et aux désirs de son temps. Son œil doit être dirigé vers sa vie intérieure et son oreille tendue vers la voix de la nécessité intérieure. Il pourra alors se servir de tous les moyens autorisés et tout aussi facilement de ceux qui sont interdits.C’est là la seule voie pour exprimer Le Mystique nécessaire.

Tous les moyens sont sacrés s’ils sont intérieurement nécessaires.

Tous les moyens sont péchés s’ils ne découlent pas de la source de la nécessité intérieure. » kandinsky

Je décrirais donc la poésie sauvage comme le Fruit de création de cette énergie du vivant qui existe avec ou sans notre participation consciente mais dans laquelle nous sommes de toute façon pris, qu’on le veuille ou non, qu’on le sache ou pas.

La poésie, ce n’est pas contrairement à ce que beaucoup de gens pensent un divertissement, une fuite du réel, c’est tout l’inverse justement ! La fonction du poète ce n’est pas de conter fleurette, ni faire l’apologie de la beauté de la nature, c’est trouver les mots, le rythme, la formule pour rendre le réel plus accessible, la vérité plus accessible, ré harmoniser le chaos pour ramener de la beauté au cœur de l’obscure.


Lorsqu’on sait que ce n’est pas en fuyant, mais en nous asseyant au cœur de ce qui est douloureux qu’on s’en libère, comme le souligne la poète Tatiana Roy : « je prends à pleine main la masse de la nuit et ce sont des étoiles. »


La poésie nous invite à sortir de nos dénis et accueillir certaines réalités douloureuses, elle nous rappelle cette vérité essentielle : Ce n’est qu’en accueillant à bras ouverts notre nuit intérieure, nos parts d’ombre qu’elles se transforment en or. Le poète nous aide non pas à fuir mais trouver la force de regarder la réalité en face.

Changer de regard, c’est aussi accepter de regarder les choses telles qu’elles sont et non pas telles qu’on aimerait qu’elles soient, ce à quoi la poésie nous invite. En ce sens, puisqu’elle peut être l’outil qui nous aide à guérir et à grandir, c’est une voie d’éveil spirituel.


Qu’est-ce que de la bonne poésie pour moi ? la poésie se déguste à l’oreille et comme du bon vin, elle doit sonner juste au déroulé de la-diction.

Un poème n’est pas nécessairement comestible même s’il est techniquement propre et bien joli.

La qualité d’un poème selon moi se mesure à l’arrière-goût que sa lecture me laisse après l’avoir lu. Comment je me sens physiquement après avoir goûté, perçu bu cet assemblage de mots choisis-là ?

Les mots sont au poète ce que les couleurs sont à l’artiste-peintre : des ingrédients !

Et l’art réside autant dans le choix de ces ingrédients que dans le fait de savoir les mélanger, les accorder, chercher à les associer jusqu’au point de cette harmonie mystérieuse capable de dénouer et d’harmoniser n’importe quel chaos !

LA POéSIE SAUVAGE M’INVITE ESSENTIELLEMENT à SENTIR, ce qui m'oblige à DÉSOBEIR à certaines règles humaines, en inventant par exemple de nouveaux mots qui ne figurent pas dans le dictionnaire pour être au plus proche du message sensationnel…

C’est là qu’on peut inventer des mots ou des assemblages incohérents pour le langage logique, non-répertoriés dans le dictionnaire mais au plus proche révélateur d’un gout, d’une atmosphère, plus proche de cette nécessité intérieure qui nait de la sensation.

Le lac Léman en hiver

Comme une petite porcelaine fraiche

Qu’il ne faudrait pas déranger :

à première vue, ça ne veut rien dire mais sitôt qu’on se met dans la sensation que nous procure l’image de ces mots assemblés, tout prend sens et on parvient parfaitement à saisir l’ambiance du paysage dont il est question.

Sous ses airs de jeune fille timide

Aux joues roses poudrées

La nature recouverte de givre

Est un marron glacé.

Je terminerai cette conférence sur cet extrait de « La forêt des fragments », du poète belge Christian Hubin, paru aux éditions josé corti en 1987 :

« Fondamentalement, la poésie ne sert à rien. Elle ne sert à rien parce qu’elle est l’expression même du rien, et en est comme sa jubilation. Affirmation, interrogation, oraison, célébration, elle ne peut rien étayer : elle déçoit et doit décevoir ceux qui veulent l’utiliser. Il faut avoir longtemps éprouvé, humblement, sa parfaite nullité devant le monde pour être poète ; il faut avoir longtemps mesuré son vide pour, dans la conscience du vide, tenter de dire le tout. »



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